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Une logique de la communication



Cette fiche de lecture, en reprenant les notions et concepts développés par les auteurs, est agrémentée quelques références à d’autres livres, auteurs, ou mêmes énigmes qui — à mon sens — amènent des illustrations aux concepts évoqués. Le contenu n’est pas exhaustif, cet exercice ne reflète que mon interprétation de l’ouvrage, et me semble en lien avec la philosophie des auteurs, replaçant cette lecture dans un ensemble plus vaste d’autres connaissances, prenant sens dans une perspective interrelationnelle. « Une logique de la communication » est d’une telle richesse qu’il me semble presque incontournable d’en faire une lecture complète et attentive pour en percevoir la profondeur, et je ne saurais que top conseiller à chacun de lui faire une petite place sur sa table de chevet.

Julien B.


Pour celles et ceux qui préfèreraient découvrir les concepts en vidéo :



Logique de la table des matières et cheminement des auteurs :


Après une introduction au cadre de référence de l’ouvrage, à savoir celui de la pragmatique de la communication, ainsi que d’une explication de certaines notions de base ; les auteurs se penchent sur la définition de certains axiomes de cette communication. Le chapitre 3 étudie les troubles pathologiques potentiellement contenus dans ces axiomes. Puis, les auteurs étendent cette théorie de la communication au niveau structurel, en prenant la théorie de systèmes comme modèle de base dans la conceptualisation de la pragmatique de la communication humaine. Le chapitre 5 est une illustration des notions abordées en amont à travers un exemple tiré de la littérature. Ensuite seront abordés les effets du paradoxe pragmatique sur le comportement des individus, les auteurs évoquent la notion de double bind (double contrainte), qui a notamment aidé à mieux comprendre la communication chez les schizophrènes. Le chapitre 7 est principalement dédié à l’application clinique et thérapeutique que l’on peut faire des modèles de communication de type paradoxal, avec une digression sur le rôle du paradoxe dans le jeu, l’humour et la créativité. Enfin, les auteurs concluent par leur position personnelle au sujet de la communication entre l’homme et le réel, avec le postulat qu’un ordre, analogue à la structure en niveaux des types logiques, pénètre la conscience que prend l’homme de son existence et détermine en fin de compte la « connaissabilité » de son univers.


I — ÉTUDE CHAPITRE PAR CHAPITRE :


Chapitre 1 : Le cadre de référence


1.1 Introduction


Nous commençons l’ouvrage par 3 exemples concrets, apparemment sans rapport, mais qui ont un dénominateur commun : « un phénomène reste incompréhensible tant que le champ d’observation n’est pas suffisamment large pour qu’y soit inclus le contexte dans lequel ledit phénomène se produit. » (p.15). Cela est très bien illustré dans un autre ouvrage de Paul Watzlawick intitulé Le langage du changement (par ailleurs très complémentaire à celui de notre étude), avec l’énigme célèbre des 9 points à relier par 4 lignes droites sans lever le stylo.



Toute la logique développée ensuite va découler de cette idée, et fonde en partie la ligne philosophique des auteurs. « Ne pas pouvoir saisir la complexité des relations entre un fait et le cadre dans lequel il s’insère, entre un organisme et son milieu, fait que l’observateur bute sur quelque chose de “mystérieux” et se trouve conduit à attribuer à l’objet de son étude des propriétés que peut-être il ne possède pas. ». Cela est particulièrement important lorsque l’objet d’étude est un individu présentant un « trouble du comportement », ou encore dans le cadre psychothérapeutique (une personne faisant part d’une souffrance psychique) ; si l’on inclut dans notre interprétation plusieurs éléments comme : les effets du comportement sur autrui, les réactions d’autrui à ce comportement, et le contexte où tout ceci se déroule, l’accent se déplace d’une vision isolée à un système plus large, et permet donc de comprendre les phénomènes psychiques comme n’étant pas uniquement liés à des manifestations d’une structure intrapsychique. Pour les auteurs, cette manière d’aborder les phénomènes du comportement humain (normal ou pathologique), est assez proche des mathématiques au niveau conceptuel, car c’est une discipline dont l’objet premier est non la nature des entités, mais l’examen des relations entre elles. Ce qui nous amène à la deuxième partie de ce chapitre, à savoir :


1.2 La notion de fonction et de relation


Un événement a été décisif dans le domaine des mathématiques, en 1591 Viète introduit la notation symbolique à la place de la notation numérique. C’est ainsi qu’est né le concept de variable, concept qui — pour un mathématicien grec — aurait eu aussi peu de réalité qu’une hallucination ! Une variable n’a pas de signification en soi, elle ne prend sens qu’en étant en relation avec d’autres, en interaction, ce qui fonde le concept de fonction. L’ouverture de la psychologie à ce concept de fonction permet d’envisager chaque phénomène comme étant compris dans un ensemble plus vaste de variables qui donnent un sens à celui-ci, mais qui serait incompréhensible si l’on omettait ne serait-ce qu’une seule de ces variables. Cette notion est essentielle, car elle nous permet de nous positionner autrement dans notre rapport aux autres et au monde de manière générale. Comme le dit Mony Elkaïm dans ses conférences : « Chaque fois que l’on juge, on fait l’économie de l’analyse. Si les gens se comportement comme ils se comportement, c’est qu’ils ont toujours une bonne raison de le faire. ».


1.3 Information et rétroaction (« feedback »)


La discipline Freudienne postule que le comportement est essentiellement le résultat de l’interaction supposée de forces intrapsychiques qui suivent les lois de la conservation et de la transformation, donnant le concept d’énergie. Dans ce modèle, les interactions avec les forces extérieures sont considérées comme secondaires (d’où le terme de « bénéfices secondaires »), là où les auteurs le considèrent comme essentiel. L’avènement de la cybernétique a bouleversé la classique controverse entre déterminisme et finalité en montrant comment ces deux concepts pouvaient coexister dans un cadre plus large à travers la découverte de la rétroaction (« feedback »). Si dans une chaine d’évènements linéaire A entraîne B, B entraîne C, C entraîne D, le feedback interviens lorsque D renvoie à A, et conditionne ainsi la conceptualisation d’un système circulaire. Dès lors, nous pouvons considérer chaque individu en interaction avec un autre comme étant partie d’un système circulaire. Les rétroactions peuvent être négatives comme positives, ce que nous appelons couramment « cercle vicieux ou vertueux.


1.4 & 5 Redondance & Métacommunication


Les auteurs abordent ici un des thèmes principaux du livre à savoir : nous sommes continuellement en train de communiquer, mais il est très difficile de communiquer sur la communication (de méta-communiquer), étant donné que l’outil utilisé pour conceptualiser cette étude fait partie intégrante de l’objet d’étude. L’étude la communication passe par un repérage des redondances. Par exemple, si l’on observe des joueurs d’échecs sans connaître les règles, il pourra être assez rapide de définir certaines règles par l’observation de redondances dans les comportements (jouer l’un après l’autre, prendre des pions, condition de victoire), en revanche, il sera beaucoup plus complexe de définir certaines règles faisant appel à des patterns moins souvent observables bien que préexistants (ex : le roque).


Chapitre 2 : Propositions pour une axiomatique de la communication

Chapitre 3 : La communication pathologique

Ces deux chapitres seront traités ensemble, car le chapitre 2 présente des définitions axiomatiques, tandis que le chapitre 3 reprend chaque axiome pour définir en quoi une communication pathologique peut en découler. L’axiome et son pendant pathologique seront donc exposés ensemble.


2.2 L’impossibilité de ne pas communiquer


Le premier axiome peut être illustré par l’énigme des chapeaux :




Il est impossible de ne pas communiquer, le silence a une valeur de communication (cela fait partie intégrante du « dilemme de schizophrène »).

Quelles sont alors les tactiques employées pour ne pas engager une communication :

- Rejeter la communication en la refusant : situation difficile, tendue, parfois difficilement soutenable du fait des conventions sociales

- Annuler la communication : réponses confuses, incompréhensibles, hors sujet, avec des incohérences, des phrases inachevées, sorte de délire verbal qui amènera l’autre à lâcher prise.

- Tricher et feindre l’impossibilité de communiquer (le symptôme comme communication) : « pour une raison qui échappe à ma volonté, je ne suis pas en mesure de répondre » (migraine, incapacité, sommeil, ignorance, ne parle pas la langue, etc.).


2.3 Niveaux de la communication, contenu et relation


Lorsque des individus sont en relation, en communication, leurs échanges s’effectuent sur deux niveaux : le contenu et la relation. Par exemple des messages comme : « Veillez à desserrer l’embrayage progressivement et sans à-coups », et : « Vous n’avez qu’à laisser filer l’embrayage et la transmission sera fichue en un rien de temps », ont en gros le même contenu (indice) informatif, mais définissent visiblement des relations (ordre) très différentes. Il semble que plus une relation est spontanée et « saine », et plus l’aspect relation de la communication passe à l’arrière-plan. Inversement, des relations « malades » se caractérisent par un débat incessant sur la nature de la relation, et le contenu finit par perdre toute importance.

Exemple P. 79 : « Au cours d’une psychothérapie conjugale, un couple rapporte l’incident suivant : le mari invite un ami à a maison qui est dans la région pour quelques jours, il sait que cela fera plaisir à sa femme, et il pense donc qu’elle aurait agi de même. Pourtant, au retour de la femme, une scène violente éclate entre eux à propos de l’invitation. (…) En fait, deux questions étaient impliquées dans cette discussion. L’une nécessitait de résoudre un problème pratique (l’invitation) et pouvait faire l’objet d’une communication digitale ; l’autre concernait la relation entre les deux partenaires : qui avait le droit de prendre l’initiative sans consulter l’autre. » Ce même couple peut se disputer fortement pour des questions insignifiantes dans une escalade symétrique. Un jour la femme amène la preuve de son argumentation et le mari répond : « bon, bon, tu as peut-être raison là-dessus, mais tu as tort de toujours vouloir avoir le dernier mot ».


2.4 Ponctuation de la séquence des faits



Exemple p.54


Dans une séquence de communication, selon l’endroit où l’on situe le commencement, le sens varie. C’est la source de conflits classiques lorsqu’un des partenaires reporte la faute sur l’autre tandis que le second répond que c’est justement à cause du comportement du premier qu’il agit ainsi. « C’est toi qui a commencé ». Le principe de circularité de la communication vu en amont vient rompre avec ce schéma de linéarité où chacun recherche l’effet et la cause. Les auteurs concluent en disant que la nature d’une relation dépend de la ponctuation des séquences de communication entre les partenaires.

Dans les cas de communication discordante, il est caractéristique de remarquer qu’il y a désaccord sur ce qui est cause et ce qui est effet, alors qu’en fait ces concepts sont inapplicables en raison de la circularité de l’interaction en cours, mais cette escalade peut — dans certains cas — prendre des proportions très importantes et aboutir à un profond clivage entre individus.


Ici, les auteurs développent un concept important, qui est celui de la prédiction qui se réalise. Une personne A qui pense « personne ne m’aime » aura un comportement méfiant, défensif ou agressif, auquel il y a toutes les chances que les autres répondent inamicalement, justifiant ainsi la croyance initiale.


2.5 Communication digitale et communication analogique


Nous recevons en permanence deux types de signaux, le verbal et le non verbal, et nous devons les décoder simultanément pour en faire une synthèse. Ces deux signaux peuvent être définis comme ayant des finalités différentes : l’analogique crée le cadre de la relation, alors que le digital véhicule le contenu du message. Si les deux signaux sont concordants, la congruence renforce le message, mais s’ils sont incongruents, alors un choix d’interprétation sera fait. Or, la communication analogique fait appel à des conduites que notre espèce a adoptées bien avant la mise au point du langage et sa complexification, elle est plus archaïque et aura donc tendance à primer. Paul Watzlawick viendra, dans un autre ouvrage, compléter cette assertion en comparant des individus selon que leur fonctionnement cérébral privilégie la partie gauche ou bien la droite.

Notons que la communication analogique est plus large que le simple aspect non verbal, puisqu’elle englobe également le contexte, les aspects sociaux, etc. (ex. : relation hiérarchique, etc.).



Exemple erreur de traduction digital/analogique p.98


Autre exemple : Un mari offre spontanément des fleurs à sa femme. Quelle interprétation en fera-t-elle ? Pensera-t-elle : « Quelle belle attention », ou bien « qu’a-t-il à se faire pardonner ? ».


Lorsque c’est la relation en cours qui devient le sujet de la communication, la difficulté croit encore. En effet, toute tentative de formulation verbale d’une communication non verbale y introduit une erreur liée non seulement à la pauvreté de la syntaxe, mais également par risque de mauvaise interprétation. Il est difficile d’exprimer clairement ce que le corps a voulu dire.


2.6 Interaction symétrique et complémentaire


Les interactions entre deux individus peuvent être définies selon deux modalités : symétrique ou complémentaire. Dans une relation symétrique, les partenaires agissent comme en miroir, sur un pied d’égalité, contrairement à la relation complémentaire où l’un occupe une position haute et l’autre une position basse (ces deux qualifications ne sont pas des jugements de valeur, chacun complète l’autre pour former un tout, comme dans la relation parent-enfant, professeur-élève).

Une interaction symétrique se caractérise donc par l’égalité et la minimisation de la différence, tandis qu’une interaction complémentaire se fonde sur la maximalisation de cette différence.


Escalade symétrique : Le principal piège de la relation symétrique est son emballement (ex P.79 cité en amont). Les partenaires rivalisent sur le contenu de la communication, à propos de faits plus ou moins objectifs, chacun prétendant avoir raison, alors que le vrai désaccord est à chercher du côté de la relation. Une escalade symétrique peut se terminer de plusieurs manières : stabilisation (rires, prise de recul, pause), épuisement, éclatement ou basculement vers la complémentarité (un des partenaires accepte de jouer la position basse).


Complémentarité rigide : La relation complémentaire a toutes les chances de s’établir correctement tant que l’identité des partenaires peut s’exprimer pleinement. Si, en revanche, celui qui occupe la position haute dénie l’identité du partenaire situé en position basse, alors ce déséquilibre risque de tendre vers un sentiment de frustration dans le meilleur des cas.


Passer d’un mode de relation à l’autre est un important facteur de stabilité, le principal problème étant la rigidité de certaines interactions.


Chapitre 4 : Structure de l’interaction humaine

Dans ce chapitre, les auteurs exposent la théorie générale des systèmes en la reliant au cas particulier de la famille comme système. Ils évoquent ainsi les concepts développés par Ludwig Von Bertalanffy, en commençant par une définition d’un système pour ensuite aborder les propriétés des systèmes ouverts.


Définition du système de Hall et Fagen : « Un ensemble d’objets et les relations entre ces objets et entre leurs attributs ».


4.3 Propriétés des systèmes ouverts


La totalité : « Les liens qui unissent les éléments d’un système sont si étroits qu’une modification de l’un des éléments entraînera une modification de tous les autres, et du système entier. » p.123 autrement dit, un système ne se comporte pas comme un simple agrégat d’éléments indépendants, il constitue un tout cohérent et indivisible.


La non-sommativité : Un système n’est pas la somme de ses éléments. « Il faut négliger les éléments au profit de la Gestalt, et aller au cœur de sa complexité, c’est à dire de sa structure. » p.124. L’analyse d’une famille n’est pas la somme de chacun de ses membres, il existe des caractéristiques propres au système et des modèles d’interaction qui transcendent les particularités de chacun de ses membres.


Rétroaction : Comme détaillé au chapitre 1, rétroaction et circularité constituent le modèle de causalité qui convient le mieux à une théorie des systèmes en interaction. A influence B, et B influence A à son tour.


Équifinalité : Les mêmes conséquences peuvent avoir des origines différentes, parce que c’est la structure qui est déterminante.


Le concept d’homéostasie familiale : les mécanismes d’homéostasie ont pour fonction de ramener le système à l’état d’équilibre. Dans une famille, le comportement de chacun des membres est lié au comportement de tous les autres et en dépend, il influence les autres et est influencé par eux. Lorsque les thérapeutes apportent un soulagement aux maux explicitement formulés par un membre de la famille, ils se trouvent confrontés à une nouvelle crise, celle-ci provoquée par la réaction de l’entourage à l’évolution de l’un de ses membres. Exemple page 140


La psychose représente un changement violent qui réétalonne le système et peut même faciliter l’adaptation d’un individu à son milieu familial. Les auteurs vont s’intéresser à un type de communication pathologique en particulier, car potentiellement inducteur de troubles psychiatriques comme la psychose, à savoir la communication paradoxale au chapitre 6.


Avec les éléments abordés précédemment, on peut voir dans les systèmes en interaction continue (comme la famille) le centre même d’une étude des répercussions pragmatiques à long terme des phénomènes de communication. Le chapitre 5 aura pour fonction de mettre en application tous les principes et concepts abordés jusqu’ici, à travers un exemple tiré de la littérature : la pièce de théâtre d’Edward Albee : Qui a peur de Virginia Woolf ?


Chapitre 5 : Qui a peur de Virginia Woolf ?


Tout ce chapitre étant une démonstration des concepts précédents, il est difficilement résumable et il est conseillé d’en faire une lecture complète (début p.149).


Chapitre 6 : La communication paradoxale


Les formes de communication paradoxales se caractérisent par un message dont aucune interprétation correcte n’est possible, ce qui provoque une déstabilisation liée au blocage de nos facultés de raisonnement.

Les auteurs recensent trois types de paradoxes :

- Les paradoxes logico-mathématiques (antinomies)

o Exemple du paradoxe de Russel : « classes de toutes les classes qui ne sont pas membres d’elles-mêmes »

- Les définitions paradoxales (antinomies sémantiques)

o Définition contenant elle-même son propre contraire « je suis menteur ».

- Les paradoxes pragmatiques (injonctions paradoxales et prévisions paradoxales).

o Ordre donné ne pouvant être accompli sans précisément le trahir

§ Ex : « Sois spontané/tu devrais m’aimer/ne sois pas si docile, obéissant ! ». Exemple du barbier.


Ces trois types correspondent aux trois grands domaines de la théorie de la communication : le premier type à la syntaxe logique, le second à la sémantique et le troisième à la pragmatique.


*Vincent de Gauléjac, sociologue clinicien, décrit bien dans ses ouvrages et notamment dans « Le capitalisme paradoxant », la façon dont nous sommes dans une société qui nous soumet à des injonctions paradoxales, et comment ces phénomènes sont en grande partie inducteurs de souffrance au travail et de burnout.


Nous avons tous été pris, sommes pris, ou serons pris dans des situations paradoxales, soit en tant que créateurs (à notre insu), ou en tant que victimes. Tous les exemples pris par les auteurs — en situation thérapeutique — indiquent que le fait de relever ces paradoxes semble avoir un effet libérateur sur les patients qui sont victimes de ce genre de paradoxe, cela leur permet de sortir d’une situation inextricable qui les assomme. (ex. p.210). Réussir à mieux les identifier peut aussi permettre de les « prescrire » en situation utile, face à une personne dans l’incapacité de changer. Une personne qui refuse de coopérer au processus thérapeutique malgré plusieurs demandes : en lui ordonnant la non-coopération, il exécutera l’ordre reçu et ne sera plus rebelle (voir chapitre 7). Cette forme de communication est à utiliser avec beaucoup de précautions, car elle produit ce que les auteurs nomment le double contrainte « double bind ». Il a été montré par les chercheurs de Palo Alto qu’une double contrainte répétitive était en cause dans le système familial des schizophrènes.


Les éléments qui composent une double contrainte sont les suivants :

- Relation intense qui a une valeur vitale pour les concernés

- Dans ce contexte, le message est émis de telle manière que :

o Il affirme quelque chose

o Il affirme quelque chose sur son affirmation

o Ces deux affirmations s’excluent l’une l’autre. Si c’est une injonction, il faut désobéir pour pouvoir obéir.

o Le récepteur du message est mis dans l’impossibilité de sortir du cadre fixé par le message, même dénué de sens, car on ne peut pas ne pas y régir, et on y réagit toujours de façon inadéquate puisque le message est un paradoxe.

o Quand s’établit une double contrainte durable, voire chronique, l’individu s’y attend comme à une chose allant de soi, propre à la nature des relations humaines et au monde en général. Ce qui explique la nature pathologique de certains schémas relationnels de personnes qui viennent en thérapie.

o Ce modèle de communication est un cercle vicieux, car le comportement induit par la double contrainte est forcément paradoxal lui-même.


Une injonction paradoxale est une manifestation de la double-contrainte. Nous pouvons nous approcher — en termes de représentation — de la détresse dans laquelle nous pouvons être face à un choix qui ne présente que des issues néfastes à travers l’exemple tragique d’un homme surpris au dixième étage d’un immeuble en flammes et qui n’a le choix qu’entre la mort par le feu ou par défenestration. (ex. P.127).


Chapitre 7 : Le paradoxe en psychothérapie


À travers divers exemples, les auteurs avancent ici une notion fondamentale à savoir qu’aucun changement ne peut se faire de l’intérieur, si un changement est possible, il ne l’est qu’en sortant du modèle, d’où l’objectif de la thérapie : provoquer un changement dans un système. L’intervention psychothérapeutique constitue un nouveau système qui — par de nombreux procédés — pourra amener un changement dans le système en place et donc l’amener à changer de structure ou de fonctionnement.


Le thérapeute peut utiliser la technique de la prescription du symptôme (inciter la personne à se comporter comme elle le fait déjà), dans le but de provoquer une prise de conscience du patient et donc un changement de représentation et par conséquent de comportement.


Chapitre 8 : Point de vue sur l’existentialisme et la théorie de la communication humaine


Ce chapitre ouvre la réflexion à des considérations d’un ordre plus élevé, nous pourrions dire philosophiques, en ce cas précis existentialistes. Pour les philosophes existentialistes, l’homme est jeté dans un monde opaque, informe, et absurde. C’est à partir de là qu’il se crée sa situation, qu’il se la représente, c’est lui qui donne un sens à ce monde qui se situe ici hors de la compréhension objective de l’homme. Certains écrivains se sont penchés sur cette question, comme Dostoïevski, Camus ou encore Kierkegaard : « Je veux aller dans un asile d’aliénés pour voir si la profondeur de la folie ne pourra m’apporter la solution à l’énigme de la vie ».


Watzlawick, Helmick Beavin & Jackson concluent leur ouvrage ainsi : « “la solution de l’énigme de la vie dans l’espace et le temps se trouve hors de l’espace et du temps”, Car, comme il doit être plus qu’évident désormais, rien à l’intérieur d’un cadre ne permet de formuler quelque chose, ou même de poser des questions, sur ce cadre. La solution ne consiste donc pas à trouver une réponse à l’énigme de l’existence, mais à comprendre qu’il n’y a pas d’énigme. ».



II — SYNTHÈSE GÉNÉRALE DU LIVRE :


Repérage des thèmes centraux :


Le thème central de l’ouvrage est bien entendu le développement du modèle de la communication selon Palo Alto, en s’appuyant sur la théorie générale des systèmes et de la cybernétique ; tous deux mis en application dans le cadre d’un type de système ouvert : la famille.


Conclusion critique du livre :


Cet ouvrage, théorique et conceptuel, est une référence incontestable pour qui veut comprendre les fondements des apports de l’école de Palo Alto, il pose les bases d’un courant de pensée qui traversera ensuite le monde sous l’appellation d’approche systémique. Chaque concept est illustré d’exemples, qu’ils soient fictifs comme vécus, ou encore tirés de la littérature. Les nombreuses illustrations permettent à chacun de bien intégrer des notions qui ne sont pas toujours facilement abordables de prime abord. Le chapitre 5 : Qui a peur de Virginia Wolf, est une brillante illustration de tous les concepts vus en amont de l’ouvrage, et je conseille à quiconque voudrait en avoir une illustration d’en faire la lecture. C’est un livre qui s’assimile petit à petit et il me semble préférable de le garder à portée de main plutôt que de le lire d’une traite, sous peine d’éluder certains concepts plus élaborés, mais pour autant indispensables pour comprendre la pensée complexe des auteurs. Ces derniers sont par ailleurs toujours conscients de la difficulté de l’entreprise qui est la leur, à savoir : conceptualiser des aspects de la communication et des interactions humaines, tout en utilisant — pour ce faire — la communication humaine comme média, et en étant partie de ce large système d’interactions inhérent à notre place dans le monde. Le dernier chapitre offre une réflexion philosophique très intéressante, notamment sur l’existentialisme. J’ai retrouvé l’influence de ces auteurs chez un écrivain, également psychothérapeute depuis plus de 50 ans et auteur à succès : Irvin Yalom. Ce dernier a rapidement pensé qu’il était plus impactant d’illustrer la complexité des relations humaines à travers le roman. Dans son ouvrage Thérapie existentielle, il offre une réflexion sur la quête de sens, sujet qui vient conclure Une logique de la communication. Les références littéraires peuplent le livre, en voici une en guise de conclusion qui aurait pu s’y trouver :


« (…) comme si la plénitude de l’âme ne débordait pas quelquefois par les métaphores les plus vides, puisque personne, jamais, ne peut donner l’exacte mesure de ses besoins, ni de ses conceptions, ni de ses douleurs, et que la parole humaine est comme un chaudron fêlé où nous battons des mélodies à faire danser les ours, quand on voudrait attendrir les étoiles.»

Gustave Flaubert, Madame Bovary.

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