Devenir thérapeute : le parcours de Stessie Fougeroux
- Julien Besse
- 29 mars
- 2 min de lecture
Dans ce nouvel épisode de Confidences de thérapeute, j’ai eu le plaisir d’échanger avec Stessie Fougeroux, thérapeute familiale systémique connue notamment pour avoir créé le jeu des croyances croisées. Un outil aujourd’hui utilisé par de nombreux praticiens, tant il permet de rendre visibles certaines boucles relationnelles qui enferment les couples et les familles dans des répétitions douloureuses.
Mais dans cette interview, il ne s’agissait pas seulement de parler d’un outil. Il s’agissait surtout de rencontrer une praticienne, un parcours, une manière d’être thérapeute.
Ce qui frappe d’emblée chez Stessie Fougeroux, c’est la manière très incarnée dont elle parle de son métier. Elle revient avec beaucoup de sincérité sur son histoire, sur sa place dans sa propre famille, sur ce qui l’a rendue sensible très tôt à la souffrance psychique, mais aussi sur son cheminement professionnel. Comme beaucoup de cliniciens, elle est passée par des cadres théoriques qui l’ont nourrie intellectuellement, sans toujours lui donner le sentiment d’avoir trouvé pleinement sa place. C’est finalement dans la thérapie familiale systémique qu’elle a trouvé une approche capable de relier compréhension, mouvement et intervention.
Au fil de l’échange, elle raconte avec beaucoup de simplicité l’importance qu’a eue pour elle la rencontre avec la pensée de Mony Elkaïm. Sa lecture a été un tournant. Elle y a trouvé une manière de penser les relations, les croyances, les résonances et les impasses du lien qui entrait en résonance avec sa propre expérience clinique, mais aussi personnelle.
L’un des aspects particulièrement intéressants de cette conversation est la façon dont Stessie décrit son style thérapeutique. Elle parle d’une pratique vivante, naturelle, traversée par l’humour, la métacommunication, la cothérapie et une attention très fine à ce qui se passe dans l’instant. Loin d’une posture figée ou surplombante, elle défend une manière d’être thérapeute profondément humaine, où la technique compte, bien sûr, mais ne remplace jamais la rencontre.
L’entretien permet aussi de mieux comprendre la logique du jeu des croyances croisées. Cet outil ne se réduit pas à un support ludique. Il ouvre un espace de compréhension mutuelle. Il aide chacun à repérer sa propre construction du monde, à mieux percevoir celle de l’autre, et à voir comment certaines interactions viennent, sans le vouloir, renforcer les protections et les blessures de chacun. C’est là toute la finesse de l’approche systémique : dépasser la lecture individuelle des difficultés pour penser les boucles relationnelles qui les maintiennent.
Enfin, cette interview met également en lumière une question essentielle : celle de la place de la pensée systémique dans les institutions, notamment en psychiatrie. Stessie Fougeroux rappelle combien il reste parfois difficile de penser “famille” dans des contextes encore largement organisés autour d’une lecture individuelle du symptôme. Son expérience montre pourtant à quel point l’ouverture au système relationnel peut transformer la compréhension clinique.
Cette conversation est précieuse parce qu’elle montre une chose simple et importante : derrière les concepts, les outils et les modèles, il y a toujours une personne, une trajectoire, une sensibilité, une manière singulière d’habiter la relation thérapeutique.
La vidéo est à découvrir dès maintenant sur la chaîne.
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